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 Hommage à Hipolito Becerra

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Robinson Crusoé



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MessageSujet: Hommage à Hipolito Becerra   Mer 19 Juil - 23:53


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Robinson Crusoé



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MessageSujet: Re: Hommage à Hipolito Becerra   Jeu 20 Juil - 0:20

Nous avions convenu qu’il commencerait à peindre ce printemps, il viendrait deux à trois soirs par semaine installer son chevalet à la taverne de L’Atalante, et puis peut-être aussi certains dimanches après-midi, pas toujours au même endroit, il bougerait, histoire de changer de point de vue mais en faisant toujours très attention à ne pas déranger, à ne pas gêner la bonne marche du cinéma. Peut-être que parfois il ne prendrait que des croquis, sur un carnet, au bout du comptoir, près de la machine à pression. Peut-être aussi que, certains soirs où il n’y aurait pas grand monde, le projectionniste lui donnerait l’autorisation de peindre dans la salle obscure… Il en rêvait, peindre dans l’obscurité, portraitiser des cinéphiles au hasard et à la seule lumière d’un vieux film en noir et blanc, comme une performance jamais encore réalisée avant lui…
Polito n’aimait que les vieux films, les vieux cinémas… c’était pourquoi, mais pas seulement, il avait été tout de suite séduit par le plus vieux cinéma de la côte basque, ce cinéma qu’il désirait tant faire entrer dans ses tableaux. Seul cinéma à passer encore des vieux films, d’ailleurs. Il aurait tout de même bien voulu voir certains des films consacrés à des peintres qu’il admirait, des géants dont il m’avait parlé avant que je n’aille voir les films pour lui à L’Atalante. Frida Kahlo, Edvard Munch, Pollock… Frida Kahlo, dont j’avais largement regretté que Julie Taymor, la réalisatrice hollywoodienne ne daigne même pas faire parler en espagnol son héroïne mexicaine. J’avais pu, grâce à la passion communicative de Polito, revisiter tout à loisir ses œuvres si chaudes et si douloureuses à la fois dans l’album qu’il me prêta tout un mois. Et Edvard Munch, qu’il avait découvert il y a bien longtemps, quand il vivait en Belgique, au Musée d’Art Moderne d’Oostende, il m’en avait longuement parlé comme s’il avait appris par cœur la biographie ou qu’il l’avait lui-même écrite. Des albums sur Munch il en avait plusieurs dans sa bibliothèque. Sur Pollock aussi. Mais c’est Munch qui le fascinait plus que tout, je crois… D’ailleurs, un de ses tableaux peint à Oostende… ou quelque part en Belgique… je ne me souviens plus du lieu, il avait dû me l’expliquer, ce tableau, pourtant… ce tableau qui s’inspire si explicitement du style du Maître de l’Art Moderne. J’aurais tant voulu que Polito voit ces films avec moi, le chef d’œuvre de Peter Watkins comme celui d’Ed Harris… Bref, je me demande dans quel style les tableaux de Polito auraient raconté ces instantanés qu’il aurait su saisir au clair obscur du plus vivant des cinémas. Souvent j’essaie d’imaginer sa palette de couleurs, ses pinceaux qui déchirent et caressent la lumière, mais je sais que je ne saurai jamais… Polito n’aura même pas eu le temps de faire le portrait du cancer qui l’a enlevé à tous ceux qui l’aimaient.
C’était en septembre dernier, la dernière fois que nous avons parlé, la dernière fois que je l’ai vu, à Urdax ; il exposait au cloître du monastère San Salvador, plein de nouvelles œuvres que je ne connaissais pas, et que je n’ai pas prises en photo, malheureusement. Ni lui, d’ailleurs, j’aimerais tant avoir conservé une image de lui, vivant, Polito, Hipolito Becerra, mon camarade, mon ami. Je n’ai que ces quelques photos de son exposition à Irun, en 2003, prises par Milagro, son épouse, ces quelques clichés polaroïds qu’il m’avait confiés pour que je les fasse numériser. Il comptait pouvoir montrer ses tableaux à quelques acheteurs potentiels en leur postant un cédérom qu’il copierait et recopierait quand il aurait son propre ordinateur à la maison… Polito avait plein de projets d’artiste, comme ça. Plein de choses qu’il voulait apprendre ou expérimenter, plein de voies nouvelles à explorer. Se « moderniser », entre autres. Il aurait tant voulu pouvoir vivre un jour de son art, décemment, sans être obligé de se tuer la santé dans un garage pour faire vivre les siens. Etre artiste à temps plein, Maître Becerra…
Polito, je te dois cet hommage, cette exposition virtuelle que je publie sur le forum de Cinéma & Cultures pendant la fermeture du cinéma cet été. Peut-être un jour prochain pourrons-nous organiser une vraie exposition, avec des vrais tableaux à vendre… il faudra que j’ose en parler à ta veuve. En attendant, je vous invite tous à visiter l’exposition « hipolituelle » : bonne visite au pays des fantômes de L’Atalante !

Le plébéien bleu
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Hommage à Hipolito Becerra
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